La pensée de Gilbert Simondon se présente comme une traversée de tous les domaines de l'être, des particules élémentaires étudiées par la physique quantique à ces regroupements humains complexes que l'on nomme « sociétés ». Ou encore, comme une philosophie de la nature qui aurait en outre la particularité d'aborder de façon très originale le problème de la technique.

Mais ces catégories un peu vagues laissent échapper ce qui fait la teneur spécifique de cette pensée. Le projet de Simondon est de constituer une ontologie qui procède de la distinction de l'être et de l'un. Vient alors au jour la différence entre l'individu constitué et l'opération d'individuation, mais aussi, simultanément, un regard nouveau sur la réalité du sujet et sur la relation collective.

L'hypothèse ici défendue est que, ni penseur pré-kantien égaré en plein vingtième siècle ni d'abord théoricien de la technique, Simondon est l'un des philosophes contemporains qui a eu la conscience la plus aiguë du nouage de l'ontologie et de la politique. Sous le nom de transindividuel, il identifie le point de réversibilité par où celles-ci ne cessent de passer l'une dans l'autre. Ce qui est en question dans la compréhension d'un tel passage, c'est la manière dont la vie, individuelle et collective, est engagée dans la pensée.




Sous le titre « Simondon. Une pensée du transindividuel », est ici rendu à nouveau disponible le livre précédemment publié en 1999 par les Presses universitaires de France sous le titre « Simondon. Individu et collectivité », sous-titré « Pour une philosophie du transindividuel », qui avait été rendu indisponible en 2004 par un pilonnage du stock des exemplaires pour raisons économiques. Augmenté d'un texte portant sur la « Question de la technique » ayant eu une diffusion confidentielle, l'étude de Muriel Combes sur la pensée de Gilbert Simondon est ici accompagnée d'une préface de Pierre Macherey et d'une postface de Pablo Esteban Rodríguez, traducteur argentin de la thèse de Simondon sur l'individuation.